• Le mensonge du miroir

    Ce texte est une scène d'un roman d'aventure que j'écris depuis quatre ans avec Naory, et elle m'a semblé importante. J'espère que ce texte aura de l'effet et pourra encourager une vision différente des choses !

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    Son père bouillonnait de rage et de honte. Il saisit sa fille par les cheveux et la traina jusqu’aux fond de la pièce, sans tenir compte de ses cris. De toutes ses forces, il la jeta contre une paroi fine, lisse et … glaciale. Enragé, il l’attrapa par les épaules et la força à se relever. Tina aperçue avec horreur son reflet dans le miroir. Ce miroir. C’était un cadeau d’une terre lointaine, dont son père disait beaucoup de bien. Il était immense, imposant, royal. Un miroir qui semblait rendre la réalité plus vraie qu’elle ne l’était déjà.

    - Vois comme tu es laide ! Tonna son père.

    Là, dans le miroir, se tenait Tina. Là, dans le miroir, se tenait une jeune fille livide. Là, dans le miroir, se tenait un monstre.

    En chair et en os. Depuis sa naissance, on le lui avait répétait. Chaque jour, à chaque heure, la simple présence d’un individu à ses côtés suffisait à lui rappeler la laideur de son visage. Elle avait dix-neuf ans. Et pendant ces dix-neuf années, elle n’avait pas vécu, elle avait survécu. Au sens littéral du terme.

    Si la chance ne s’était pas penchée sur son berceau, elle n’avait pas laissé sa place vide. Le  malheur l’avait remplacée, et s’était couronné roi du destin de cette pauvre fille. Il ne se déroula pas une semaine où elle ne se trouva pas mal, fatiguée, livide ou frêle. Mais cela n’était pas l’unique cause de sa laideur légendaire. Le malheur était peut-être son ombre, mais la fatalité était son souffle.

    Tina était née ainsi. Et rien n’y ferait autrement. C’était comme ça, et c’était suffisant. Bon nombre de mage furent consultés par son père, pour tenter de lui figurer un visage plus doux, plus avenant. Même les magiciens les plus noirs tentèrent de délier le mystère de ce désastre, mais rien n’y fit. Tina, frappée par le destin, subissait jour et nuit ce visage laid qu’était le sien. Pourquoi fallut-il qu’elle ait des joues si creuses, un nez si petit et un menton si fuyant ? Ses lèvres sèches et charnues ne tentaient aucun homme, le plus fou soit-il. Son front bombé laissait naître tardivement une tignasse pâle comme la lune. Dans ce visage là, tout n’était que difformité et tristesse. Mais une chose faisait exception à son état. Une seule chose. Une chose qui surpassait bien des beautés, mais qui ne se voyait qu’avec des cœurs biens particuliers.

    Le monstre qu’elle était faisait honte au riche miroir venant de contrées lointaines, aux terres fertiles et généreuses. Elle se sentit ridicule. Elle avait honte d’être aussi laide, de se regarder dans la glace. De se voir. De fixer son propre regard. Et surtout, d’oser affronter son image. Mais pourtant …

    Elle marqua un arrêt.

    Quelle était donc cet éclat qu’elle vit briller un instant, alors qu’une larme roula sur sa joue ? Une couleur étincelante venait tout juste de naître au moment où elle avait délivré ses pleures. Elle s’arrêta un instant. Elle chercha.

    Et c’est alors qu’elle découvrit. Quoi ? Ses yeux. Ses yeux d’ambre qui égalait la beauté des étoiles. Dans ses yeux, son âme. Son cœur. Elle souleva le voile éphémère du précieux miroir, vola jusqu’au plus profond de son secret, et atteignit le fond de son reflet. Elle plongea dans l’or de ses yeux et y découvrit le trésor de sa naissance, de son existence même. Le diamant précieux qu’était la raison d’être de sa vie, le droit d’être ici. Si son regard égalait celui des astres, c’est parce que son cœur dépassait celui d’une déesse. Aussi, de l’ombre ou du souffle, Tina comprit qu’elle était forte, pure, et digne. Qu’elle était bien plus que ce qu’elle venait de voir. En le réalisant, elle réveilla la reine en elle qui sommeillait sous les mensonges du jugement.

    Soudain, elle sentit que les choses lui échappaient. Elle se mit à réaliser. La beauté lui était maintenant bien éphémère. Ce qui était beau pour elle, ne l’était pas forcément pour d’autre. Chérir son cœur lui permettrait de chérir les autres. Ainsi, c’était l’amour qui émanait d’elle qui rendait ce qu’elle voyait bien plus magnifique qu’un ciel étoilé. Elle fit un pas en arrière afin de mieux jauger son allure dans cette glace qui paru d’un coup bien insignifiante. Son père lui tenait toujours fermement les épaules, et gronda brusquement :

    - Vois-tu ? Vois-tu comme tu me fais honte ? Vois-tu combien tu es repoussante ? Chaque fois que je pose les yeux sur toi, je réalise combien je regrette ta venue au monde. Il en aurait été plus agréable pour toi aussi, au fond.

    Tina. C’était son nom. Quatre lettres qui flottaient autour d’elle en permanence, et qu’elle avait toujours reniées. Qu’elle avait toujours associé à des défauts détestables.

    « Qui suis-je ? »

    Terne. Inerte. Naïve. Amorphe. Tu es Tina, cracha le miroir.

    Mais … Et pourquoi pas autrement ? Et si je regardais au fond de mes yeux, le miroir de mon âme ?

    Tendre. Idyllique. Novatrice. Adorable. Tu es Tina, souffla son cœur.

    Elle avait vu son cœur, et désormais elle savait où était sa place. Elle se retourna, quittant son reflet brumeux et plantant ses yeux magiques dans ceux mornes de son père. Avec puissance, elle répondit :

    - Merci, père.

    La surprise le fit défaillir et il se rattrapa contre le mur froid de la pièce. Il scrutait sa fille, incrédule. Une étincelle nouvelle brillait dans le fond de ses yeux dorés. Ses yeux d’or et de feu. Comme elle semblait forte en cet instant !

    - Merci, père de m’avoir montré où est ma vraie beauté. Désormais, je montrerais aux autres où sont les vraies richesses. Afin que le monde sache que l’égalité réside dans le cœur des purs et des justes. Que la beauté faiblit mais que la sagesse perdure.

    Encore une fois, elle recula d’un pas. Elle toisa son père avec amour, se battant contre son passé qui le haïssait tant. Elle tint bon et ne pu voir en lui rien d’autre qu’un père brisé et aigrit par l’influence du monde. Mais dans ces mots, de tous, elle ne retenait que celui de « père ».

    - Merci, répéta elle avec amour.

    Neyu

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